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Réalité d’une rupture de la politique étrangère française au Proche-Orient

jeudi 5 février 2009, par Bertrand Badie

L’intégralité du débat avec Bertrand Badie, professeur de relations internationales et auteur du livre "Le diplomate et l’intrus" (Fayard, 2007. Il évoque la réalité d’une rupture de la politique étrangère française au Proche-Orient et évalue les risques de la construction d’une base militaire dans le Golfe.
Le Monde du mardi 22 janvier 2008.

Quelles sont les causes du sentiment anti-occidental au Moyen-Orient ?

Tout sentiment de contestation, de malaise et même de dénonciation, trouve son origine dans la vie internationale comme ailleurs au sein des logiques de domination. L’exercice du pouvoir suscite partout de la frustration. Lorsqu’il s’opère dans des zones frappées en même temps par la crise économique et sociale, par l’échec institutionnel, et surtout par la guerre, il se traduit inévitablement par une montée de la contestation. On retrouve au niveau régional et mondial les mêmes mécanismes qu’on observe banalement au sein de toute société. Jusqu’en 1990, le Moyen-Orient était le champ clos d’affrontements des grandes puissances. Aucune d’entre elles n’avait le monopole du pouvoir et ne risquait donc d’essuyer à elle seule la colère de ceux qui se sentaient victimes d’un ordre des choses devenu insupportable. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont les seuls à affirmer leur leadership, tandis que l’Europe occidentale a une tendance à freiner les processus d’autonomisation qui la distinguaient de Washington. Dans ce contexte, tout échec dans l’espace moyen-oriental, toute frustration, toute humiliation ressentie, toute souffrance se trouve mise sur le compte d’une hégémonie occidentale, réelle ou reconstituée, mais en tous les cas de plus en perçue comme la vraie source des événements qui s’y déroulent. Il faut en effet compter avec la montée foudroyante de ce sentiment, il devient un paramètre essentiel de la crise qui se développe dans cette région hyperconflictuelle. Alors que les régimes sont de plus en plus fragiles et mal assurés, les sociétés sont, elles, de plus en plus actives et démonstratives. Si cette éruption de comportements antioccidentaux n’est pas contenue, la paix sera évidemment des plus difficiles à construire.

Peut-on parler avec la nouvelle présidence de rupture de la diplomatie française concernant le Proche-Orient et si oui, comment la caractériser ?

Incontestablement, il y a rupture. Il faut se rappeler qu’au moins depuis 40 ans, le Moyen-Orient est l’espace privilégié au sein duquel la diplomatie française marquait sa distinction avec les Etats-Unis, et concrétisait ses aspirations à une politique indépendante. Depuis la guerre des Six-Jours, il s’est constitué ce que l’on a appelé, peut-être maladroitement, une "politique arabe de la France". Elle reposait d’abord sur une approche originale du conflit israélo-palestinien. Elle reposait aussi sur un dialogue privilégié avec l’ensemble des capitales du monde arabe, quelle que fût l’orientation du régime en place. Elle faisait en outre entendre une conception particulière de l’approche diplomatique de la région en insistant sur l’enracinement historique et social des liens unissant la France au monde arabe. En bref, ce mélange de diplomatie indépendante et d’approche plus sensible qu’ailleurs aux composantes sociales et culturelles du monde arabe a été incarné de façon presque indistincte par tous les présidents de la République, du général de Gaulle jusqu’à Jacques Chirac.
En arrivant au pouvoir, Nicolas Sarkozy a probablement recontextualisé cette politique. D’abord, sa profession de foi atlantiste a en partie comblé le fossé séparant la diplomatie française de la diplomatie américaine dans la région. Ensuite, sa proximité affichée avec Israël a suscité la méfiance au sein du monde arabe, et l’a très tôt conduit à une banalisation au sein du monde occidental de l’approche française du conflit israélo-palestinien. On peut ajouter à cela que les autres dossiers du Moyen-Orient ont été également banalisés : la distinction française sur l’Irak s’estompe, tandis que Nicolas Sarkozy a à cœur de ne pas s’afficher en retrait par rapport aux Etats-Unis sur la question iranienne. Quant au Liban, l’héritage difficile de la résolution 1559 ne laissait au nouveau président qu’une faible marge de manœuvre, qui s’est trouvée totalement bloquée par l’échec des initiatives françaises en matière d’élection présidentielle. D’autres paramètres doivent aussi être mis en évidence. La crispation de la politique française sur la question de la migration bloque toute initiative en direction du Maghreb ; le projet Euroméditerranée, probablement conçu pour équilibrer ces choix nouveaux, semble d’autant plus difficile à réaliser que cette politique nouvelle entretient méfiance et scepticisme dans le monde arabe. En bref, ce mélange de retombées d’une stratégie mondiale et de choix affectifs peut-être insuffisamment attentifs aux données régionales crée les conditions d’une rupture qui sera difficile à gérer.

Le projet d’Union méditerranéenne a-t-il vraiment du contenu ou n’a-t-il été qu’un coup médiatique, destiné à trouver une parade à la candidature de la Turquie à l’Union européenne ?

Evidemment, le projet peut avoir un certain contenu, ne serait-ce que parce qu’il est vieux comme le monde. Toutes les initiatives internationales qui se sont déployées en Europe depuis le début des temps se sont concentrées sur la Méditerranée et sur le projet d’en faire un centre de gravité politique, social et culturel. Après tout, c’est ainsi que s’est constitué l’Empire romain et le rêve britannique d’hégémonie européenne passait par la construction de la Méditerranée en un lac anglais. Il n’y a donc rien de vraiment nouveau, d’autant que tout le monde est convaincu que la Méditerranée orientale est un peu le nœud de toutes les cultures qui se font concurrence dans notre présente modernité, et qu’elle est également le cratère du système international, le lieu à partir duquel une conflagration mondiale pourrait s’amorcer. Il est normal que tous les efforts portent sur elle. Mais prenons précisément en compte ces efforts : ils ont été nombreux jusqu’à il y a peu de temps si l’on considère notamment le processus de Barcelone. Ces efforts n’ont pas donné grand-chose. Précisément parce que la construction d’un ensemble méditerranéen ne peut être, dans le contexte actuel, qu’un vœu pieux que contre-indique tout un ensemble de tensions que le système international s’avère incapable de gérer. Il est dangereux de prendre le problème à l’envers, de croire qu’une Union méditerranéenne pourra vaincre la division, alors que celle-ci est d’abord alimentée par des conflits que les pesanteurs diplomatiques ne font que prolonger. Croire qu’aujourd’hui on peut faire travailler ensemble la Syrie, Israël, la Turquie, la Grèce, Chypre, la Palestine, la Libye et les pays d’Europe du Sud aux prises avec une stigmatisation de l’immigration est une parfaite utopie. Pour que se réalise un vrai projet en Méditerranée, il faudrait d’abord travailler à la solution de ces conflits et d’autre part, créer des dynamiques d’intégration entre ces sociétés qui vont bien au-delà des mots, pour en fait impliquer une véritable transformation des comportements sociaux et des cultures.

La politique étrangère de la France au Moyen-Orient ne suit-elle pas les Etats-Unis ? Ne pensez-vous pas que la construction d’une base militaire française dans le Golfe risque de provoquer des complications en France, comme des attentats terroristes par exemple ?

Une chose est certaine : la construction d’une base française à Abu Dhabi vient installer la France au centre de ce qui pourrait être demain un conflit dans le Golfe. La France a toujours été présente dans le Golfe, notamment grâce aux bâtiments de la marine française. Mais cette forme d’insertion lui donnait de la souplesse, lui permettait de choisir à tout moment entre l’option d’être en première ligne et celle de se tenir à la marge. Une base permanente, si c’est bien de cela qu’il s’agit, impliquant autant l’armée de terre que l’aviation et la marine, risquerait de faire de notre présence un des points fixes d’une éventuelle crise dans le Golfe. Ce choix me paraît d’autant plus risqué qu’il est très difficile d’imaginer ce que pourrait être la configuration d’une crise au sein du Golfe persique. Si celle-ci est principalement liée au choix iranien de disposer de l’arme nucléaire, la présence militaire française ne peut alors que renforcer notre alignement sur la politique élaborée à Washington. Mais on peut imaginer d’autres facteurs de crise et de confrontation dans la région, dont certains n’ont aucune visibilité aujourd’hui. Le Golfe peut autant retentir des évolutions dramatiques au Pakistan, en Irak, voire de toute déstabilisation qui s’opèrerait dans la Péninsule arabique. On ne peut pas alors préjuger de ce que seraient les intérêts français, et on peut donc craindre les effets d’un engrenage qui nous impliquerait sans que nous ayons accompli un véritable choix politique.
Le Moyen-Orient aujourd’hui est beaucoup trop instable pour qu’on puisse anticiper sur nos choix stratégiques de demain ou d’après-demain.

N’est-il pas trop tôt pour parler de rupture ?

Vous avez raison de marquer une certaine prudence. Il est beaucoup trop tôt pour décrire une politique étrangère qui en fin de compte n’a pas encore été confrontée à l’épreuve d’une crise aiguë. Pourtant, cette rupture me paraît à présent réelle pour au moins trois raisons, qui viennent s’installer en amont du processus d’élaboration de la politique étrangère.
D’abord, elle dérive d’une modification de la politique française à l’égard des Etats-Unis et du bloc atlantique : comme je le disais, le Moyen-Orient a été pour la France le lieu par excellence où s’exprimait sa différence. Si l’actualité est à réduire cette différence, la politique de la France au Moyen-Orient ne peut que s’en ressentir.
En deuxième lieu, les postulats ont incontestablement évolué à travers notamment une réévaluation des relations franco-israéliennes, certes amorcée sous la présidence de Jacques Chirac, mais confirmée quant au fond et quant au choix sous-jacent par Nicolas Sarkozy.
Enfin, la politique menée en France en matière d’immigration et de stigmatisation de l’immigration ne peut que créer une incertitude déjà palpable au sein des sociétés du moinde arabe, qui prolonge là aussi les questions soulevées par les initiatives françaises en matière de voile sous la présidence de Jacques Chirac.
Ce recentrage de nature sociale, culturelle, idéologique pèse de façon non négligeable. N’oublions pas que le monde arabe a de plus en plus de mal à trouver au sein des pays du Nord un relais de ses attentes, de son incompréhension du monde tel qu’il existe aujourd’hui. Orpheline du bloc soviétique, la partie la plus radicale du monde arabe a cherché dans les années 1990 à compenser cette rupture en fixant ses espoirs dans l’Europe. La France a pu constituer, un moment, un lieu de rééquilibrage que l’affiche actuelle de la politique française rend désormais totalement improbable. C’est peut-être en cela que la rupture est en fait plus profonde qu’on ne pourrait le croire : la France, en se banalisant au sein du monde occicental, perd cette exceptionnalité qui lui donnait encore naguère une place à part dans les partenariats qui s’offraient au monde arabe.

Alors l’ère pro-arabe du Quay d’Orsay est-elle révolue ou non ?

Il faut se méfier de ces présentations un peu simplifiées. Le Quai d’Orsay ne constitue pas un ensemble unifié qui aurait incarné hier le pro-arabisme et qui incarnerait aujourd’hui son contraire. On est ici davantage sur le plan de l’image et des représentations que sur celui de l’analyse objective. Plus simplement, les orientations de la politique gaulliste et post-gaulliste, en tout cas depuis 1967, avaient contribué à construire un dialogue original avec le monde arabe qui a coûté beaucoup d’investissements matériels et symboliques, et dont on peut effectivement se demander s’il a aujourd’hui des chances aussi fortes de demeurer et d’être productif. En réalité, ces investissements sont tellement lourds qu’il est peu probable qu’on puisse brutalement et totalement y renoncer.

Ne pourrait-on pas aussi dire que le monde arabe n’a pas saisi les dispositions pro-arabes de la France pendant des années ? Pourquoi ne pas aussi affirmer que les pays arabes n’ont jamais favorisé concrètement une vision française de la paix au Proche-Orient ? La France était bien disposée, grâce à son pouvoir d’attraction, mais le monde arabe en a fait quoi de cette offre ? Pas grand-chose non ?

C’est incontestable. Il faut comprendre d’abord que le monde arabe n’a pas su se relever du traumatisme qu’a été pour lui la fin de la bipolarité. En fait, l’ordre bipolaire apparaissait au fil des temps comme l’élément régulateur de toutes ces crises qui s’accumulaient au Moyen-Orient. C’est bien ce jeu qui permettait de limiter les effets de la conflictualité, d’empêcher qu’une partie, en l’occurrence Israël, puisse l’emporter pleinement lorsque venait le temps des confrontations directes.
Lorsque l’URSS a disparu comme cogérant de l’ordre mondial, personne n’a su prétendre la remplacer dans cette région du monde. On a alors assisté à un terrible déséquilibre de forces qui a conduit une partie du monde arabe à renforcer son allégeance à Washington, et l’autre à accélérer sa surenchère anti-américaine et à se constituer un rôle de déviant permanent. Entre davantage de soumission et davantage de déviance, l’Europe en général, et la France en particulier, avaient effectivement le plus grand mal à trouver un point d’accroche lui permettant d’entrer sur la scène régionale.
Il faut ajouter à cela la faiblesse croissante de ces régimes politiques, peu légitimes, mal ancrés dans leur opinion publique, et qui devenaient paradoxalement les principales cibles des impasses diplomatiques au Proche-Orient. La montée d’une opinion publique de plus en plus anti-occidentale, et notamment anti-américaine, a d’abord nui au régime de Moubarak en Egypte, comme elle a affaibli le régime jordanien, et aujourd’hui probablement la présidence de Mahmoud Abbas. Face à ce double dialogue impossible entre la diplomatie arabe et les Etats-Unis, comme entre l’opinion arabe et les gouvernements de la région, la place d’un tiers partie devenait des plus difficiles à tenir.
A cela s’ajoutent la particularité et la complexité de la crise libanaise qui, en fait, a sensiblement réduit la marge de manœuvre de la diplomatie française au Proche-Orient et a notamment contribué à la couper du régime syrien.
Troisième composante : la difficulté pour la France d’articuler une ligne diplomatique face à la question irakienne n’a certainement pas contribué à faciliter les choses.

J’aimerais savoir quel est le poids réel du Hezbollah et du Hamas, et s’il ne faudrait pas enlever en quelque sorte le Hamas de la liste des organisations terroristes, ou du moins faire des gestes très significatifs pour faciliter les négociations

Le Hezbollah et le Hamas sont des acteurs politiques au Moyen-Orient, mais ils sont d’abord et surtout des mouvements sociaux qui expriment dans un cas comme dans l’autre le désarroi d’une partie de la société libanaise et d’une très grande partie de la société palestinienne.
Il faut se garder d’apprécier l’une et l’autre de ces organisations à la seule aune de leur orientation idéologique. Il faut admettre, notamment à travers leurs succès électoraux, qu’elles incarnent un des éléments essentiels de la crise sociale proche-orientale. Ils sont porteurs des frustrations de la population chiite libanaise comme d’une population palestinienne livrée à elle-même, convaincue de l’impuissance des institutions internationales et de la communauté internationale. Ils expriment jusque dans leur violence la décomposition de l’ordre social dans cette région du monde. D’un certain point de vue, ils ne sont pas propriétaires de leur violence, mais transitaires d’une violence sociale qui résulte de tant d’années et de décennies d’échecs, dont ces populations sont les principales victimes. Il est donc clair que toute manœuvre visant à les exclure du jeu politique et diplomatique constitue un artifice et risque de se révéler totalement inopérante. Aujourd’hui, comme hier dans la crise algérienne ou dans toute guerre coloniale, la paix passe par la négociation avec tous les acteurs représentatifs. L’avantage que représentait en son temps l’accession du Hamas au gouvernement en Palestine tenait à ce qu’elle nous donnait une possibilité d’évaluer le coût d’une vraie paix, c’est-à-dire d’une paix que pouvait garantir une organisation qui portait les espoirs des éléments les plus radicaux de la société. Il aurait fallu donner une chance alors à une négociation dans laquelle le Hamas aurait été obligé de s’engager s’il avait été respecté comme acteur gouvernemental crédible.
On ne l’a pas fait, et on a donné malheureusement et dramatiquement du même coup une nouvelle chance à la violence la plus radicalisée, et un nouvel alibi pour toute forme d’expression tragique de la frustration et de l’incompréhension.

Que pensez-vous de l’apparition d’une entité politique désormais très proche de l’indépendance et en plein développement économique au Kurdistan irakien ? La France, qui va bientôt y disposer d’un représentant permanent, semble prendre acte de cet événement.

Ce processus n’étonne pas, dans la mesure où l’intervention américaine en Irak reposait en partie sur la dynamique d’autonomisation du Kurdistan conduisant à la production d’institutions qui se rapprochent de la mise en place d’une entité souveraine. Il semble que cette dynamique commence à être enrayée, suscitant les inquiétudes et les étonnements des principaux partenaires, jusques et y compris des Etats-Unis, qui semblent soutenir discrètement l’offensive turque au nord du Kurdistan. Je ne suis pas sûr que la région, comme la communauté internationale, soient prêtes à accepter la naissance d’un Etat kurde. Celle-ci créerait tellement de tension et de déstabilisation que je crois qu’il demeure encore un consensus pour contenir un tel processus.

Vous dites que la Hamas n’est pas "propriétaire de [sa] violence" ? N’est-ce pas lui qui organise des attentats-suicides ?

Ce que je veux dire est que cette violence qui, effectivement, s’incarne dans le Hamas comme dans beaucoup d’autres acteurs de la région, trouve ses fondements d’abord et avant tout dans la montée fulgurante d’une violence sociale qui tient en même temps à l’état de désespoir et de très faible institutionnalisation de la société palestinienne. Bien sûr, il est de la responsabilité de chaque organisation politique de contenir cette violence, ce que le Hamas a d’ailleurs tenté de faire épisodiquement. Mais on doit admettre que le niveau de violence sociale atteint dans cette région du monde transcende les choix stratégiques et suscite tant de formes d’action qu’aucune organisation ne peut prétendre à elle seule avoir la pleine maîtrise de tout ce jeu. Il faut donc avant tout travailler à diminuer cette violence, qui est d’ailleurs communément partagée par tous, et dont personne ne peut prétendre que l’autre en est le propriétaire exclusif.

On entend ici ou là l’expression révolution néoconservatrice en France depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir. Comment l’expliquer alors que le centre de gravité du néoconservatisme va s’effondrer dans quelques mois avec le départ de Bush de la Maison Blanche ? Comment expliquez-vous le durcissement de Paris à l’égard de l’Iran et de la Syrie alors qu’on parle d’Union méditerranéenne ? Comment expliquez-vous le "non" à la Turquie et l’ouverture envers Ankara depuis quelques mois ? La diplomatie de Sarkozy n’est-ce pas en fait qu’une succession de contradictions qui progresse par à-coups et qui risque de se révéler dangereuse au final ?

Je ne pense pas qu’on puisse plaider que le néoconservatisme va s’écrouler avec la prochaine élection présidentielle. Comme courant d’idées, celui-ci est ancré non seulement dans la culture politique américaine, mais dans la sphère des idées qui irriguent aujourd’hui le monde occidental. Ce qui distingue le néoconservatisme, c’est en même temps un choix de valeurs reposant sur la certitude de la prédominance du modèle occidental de cité, prétendant l’universaliser et l’imposer aux autres cultures, y compris en faisant le cas échéant usage de la force. Cette idéologie, qui d’un certain point de vue prolonge le messianisme colonial ou les visions impériales traditionnelles, a pris un nouvel élan sous l’effet de la faillite des grandes idéologies de gauche, et c’est peut-être pour cela qu’avec retard on est en train d’assister en France à la constitution d’un courant d’idées qui tend à s’y apparenter. En fait, le défaut d’idéologie nouvelle vient donner à cette souche conservatrice une nouvelle vigueur qui me paraît susceptible de façonner bien des politiques étrangères, notamment dans le contexte de la France d’aujourd’hui.

Débat modéré par Gaïdz Minassian

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