Al-Oufok

Site du Mouvement Démocratique Arabe

Accueil > Maroc > Paris suspend les mandats d’arrêt dans le dossier Ben Barka

Paris suspend les mandats d’arrêt dans le dossier Ben Barka

vendredi 2 octobre 2009, par La Rédaction

La France a suspendu vendredi soir la diffusion internationale de quatre mandats d’arrêt visant des responsables officiels marocains dans l’enquête sur la disparition de l’opposant marocain Mehdi ben Barka, le 29 octobre 1965 à Paris.
Le parquet de Paris a annoncé cette mesure dans la soirée en expliquant vouloir demander des "précisions" au juge d’instruction chargé de l’enquête.
"En effet, Interpol a demandé ces précisions afin de rendre les mandats d’arrêt exécutables. Sans ces précisions, ils sont inexécutables", a dit le cabinet du procureur dans une déclaration aux agences de presse.
Il s’agit de permettre l’identification des personnes visées, dit-il. Me Maurice Buttin, qui défend la famille Ben Barka depuis 1965, a dit à Reuters qu’il soupçonnait une intervention politique pour empêcher un différend diplomatique entre la France et son ancien protectorat.
"Le parquet bloque de nouveau la situation. Ca prouve comment les choses marchent en France. Alors qu’on veut supprimer le juge d’instruction au profit du parquet, on peut être très inquiet pour la justice", a-t-il dit.
Principal opposant au défunt roi Hassan II et figure internationale de la gauche et du mouvement syndical, Mehdi Ben Barka avait été enlevé boulevard Saint-Germain, devant la brasserie Lipp, en plein coeur de Paris. Il n’a jamais réapparu.
Un des mandats visait le général Hosni Benslimane, actuel directeur de la gendarmerie royale marocaine et à l’époque des faits membre du cabinet du général Mohamed Oufkir, homme de confiance du roi Hassan II.
Etaient aussi visés Abdelkader Kadiri, ancien chef des renseignements militaires, qui était en 1965 attaché à l’ambassade du Maroc à Paris, ainsi que Miloud Tounsi et Abdelhak Achaachi, deux anciens agents secrets.
Les mandats d’arrêt avaient été signés initialement en octobre 2007 par un juge d’instruction de Paris. Ils avaient créé un premier incident diplomatique, le président Nicolas Sarkozy effectuant à cette date une visite officielle au Maroc.
Non diffusés jusqu’ici, ils étaient restés virtuels. Pour une raison encore inconnue, ils avaient été transmis mi-septembre dernier par le ministère de la Justice à l’Intérieur, qui les avait remis ces derniers jours à Interpol, assurant en principe une diffusion internationale.
Me Maurice Buttin avait dit voir dans ce revirement une possible conséquence du remplacement en juin, place Vendôme, de Rachida Dati par Michèle Alliot-Marie.
L’avocat suggérait à la justice marocaine de faire entendre les quatre personnes visées, et il s’engageait en échange à demander la levée des mandats d’arrêt.
"Plus ils tardent, plus cela démontre la responsabilité du Maroc et du roi Hassan II", a-t-il ajouté.
L’enquête ouverte depuis 1975 pour "assassinat", passée de juge en juge sans jamais être refermée, avait semblé proche d’aboutir après la mort de Hassan II en 1999, son fils et successeur Mohamed VI consentant à laisser venir les magistrats français au Maroc.
Les juges ont donc confirmé un scénario connu. Mehdi ben Barka a été enlevé et séquestré près de Paris par des truands français travaillant pour le Maroc, et actionnés par les services secrets du royaume chérifien.
Ces exécutants français se sont ensuite réfugiés au Maroc, où - l’anecdote est établie au dossier par des documents - ils ont obtenu la concession de maisons closes. Un d’entre eux est mort et les trois autres ont disparu en 1971.
Selon certains témoignages, Mehdi ben Barka a été torturé et tué, volontairement ou involontairement. Les responsables officiels marocains auraient ensuite fait disparaître son corps. Rabat a bloqué la coopération à partir de 2003, refusant l’audition des quatre responsables aujourd’hui visés.

Chronologie de l’affaire Ben Barka

29 octobre 1965, 12h30. Mehdi Ben Barka est enlevé par deux policiers français, Louis Souchon et Roger Voitot, devant la brasserie Lipp, à Paris. L’opposant au régime marocain avait rendez-vous avec des cinéastes, Philippe Bernier, réalisateur, et Georges Figon, producteur, pour un projet de films sur la décolonisation. Il n’a pas réapparu et son corps n’a jamais été retrouvé.
30 octobre 1965. L’étudiant qui accompagnait Ben Barka avertit les autorités de l’enlèvement de l’opposant marocain.
2 novembre 1965. Deux journalistes de L’Express, Jacques Derogy et Jean-François Kahn, publient un article intitulé Les étranges coïncidences de l’affaire Ben Barka. Ses auteurs, qui ont mené l’enquête, ont rencontré Philippe Bernier, le frère de Mehdi Ben Barka et l’avocat de Georges Figon, Pierre Lemarchand.
5 novembre 1965. Le général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l’Intérieur, quitte la France.
10 janvier 1966. L’Express titre en Une : J’ai vu tuer Ben Barka, un témoignage de Georges Figon, recueilli par les mêmes Jacques Derogy et Jean-François Kahn. Le scandale est révélé. La France lance un mandat d’arrêt à l’encontre du général Mohammed Oufkir, ministre marocain de l’Intérieur et chef des services secrets.
17 janvier 1966. Cerné par la police qui a ordre de le retrouver, Georges Figon se suicide. Sa mort confère à l’affaire sa dimension de scandale.
24 janvier 1966. Jean-Jacques Servan Schreiber, patron de L’Express, consacre à nouveau 18 pages à cette affaire, intitulées A verser au dossier de l’instruction. Le feuilleton de l’enquête fera la Une du journal cinq semaines d’affilée.
5 septembre 1966. Le procès des accusés dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka s’ouvre à Paris.
5 juin 1967. Le procès s’achève après le défilé de 167 témoins, dont l’équipe de L’Express. Il voit les seuls Antoine Lopez, chef d’escale à Orly et informateur des services secrets marocains (SDCE), et Louis Souchon condamnés à six et huit ans de réclusion. Le général Mohammed Oufkir et la bande à Georges Boucheseiche, un truand habitant à Fontenay-le-Vicomte, chez qui fut probablement exécuté Mehdi Ben Barka, sont pour leur part condamnés par défaut à la réclusion à perpétuité. Les relations franco-marocaines sont refroidies par cette affaire jusqu’à la retraite du général de Gaulle et l’élection à la présidence française de Georges Pompidou.
1972. L’affaire inspire un film à Yves Boisset, L’attentat.
Juin 2001. Des révélations d’un ancien membre des services de renseignement marocains, Ahmed Boukhari, publiées dans Le Monde (français) et Le journal (marocain), relancent la polémique, confirmant l’implication du ministre de l’Intérieur de l’époque, Mohammed Oufkir.
2002. Ahmed Boukhari publie Le secret.
2003. Un livre témoignage de l’ancien agent secret marocain Ahmed Boukhari accuse l’ancien ministre de l’Intérieur Mohammed Oufkir d’avoir poignardé Ben Barka et fait rapatrier son corps au Maroc pour le dissoudre dans une cuve d’acide.
2004. La famille de Mehdi Ben Barka souhaite une "décision définitive" de la France sur la déclassification du dossier couvert par le "secret défense" depuis 39 ans. Le fils de l’opposant marocain en fait la demande dans un entretien à Al Ittihad, journal de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).
15 octobre 2004. La commission consultative française du secret de la Défense nationale approuve la déclassification des informations demandées par le juge Claude Choquet, chargé de l’enquête sur la disparition du leader de la gauche marocaine.
Octobre 2005. 40e anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Le magistrat français Patrick Ramaël chargé de l’enquête, critique le manque de coopération de son homologue marocain qui prétexte des difficultés pratiques pour ne pas exécuter une commission rogatoire portant sur l’interrogatoire d’une vingtaine de fonctionnaires et militaires marocains.
22 mai 2006. Driss Basri, l’ex-tout-puissant ministre de l’Intérieur du roi Hassan II, comparaît à Paris devant le juge Patrick Ramaël, en qualité de témoin.
1er juin 2006. Perquisition surprise du juge Ramaël au domicile parisien de Driss Basri.
26 septembre 2006. Le juge Ramaël délivre une seconde commission rogatoire internationale pour entendre trois témoins au Maroc : Chtouki, alias Miloud Tounsi, l’organisateur présumé du rapt, Boubker Hassouni, suspecté d’être "l’infirmier" qui aurait drogué Ben Barka a et le général Benslimane, chef de la gendarmerie royale.
Octobre 2007. Le juge Patrick Ramaël, qui instruit le dossier signe cinq mandats d’arrêt internationaux contre des Marocains, dont l’un visant le chef de la gendarmerie royale.
5 juillet 2007. L’Express révèle que le leader de l’opposition marocaine en exil aurait été un agent rémunéré des services secrets tchécoslovaques au début des années 60.
Février 2008. La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) française émet un avis favorable à la déclassification de 165 documents des services secrets français datant de l’époque de la disparition de l’opposant marocain.
3 février 2009. La télévision marocaine lève un tabou en diffusant pour la première fois une émission sur la vie de Mehdi Ben Barka.
1er octobre 2009. Interpol diffuse quatre mandats d’arrêts internationaux en lien avec l’enquête menée par le juge d’instruction Patrick Ramaël, sur la disparition de Mehdi Ben Barka.
02 Octobre 2009Paris suspend les mandats d’arrêt dans le dossier Ben Barka.

(Vendredi, 02 octobre 2009)

<FONT face=Arial color=#ff0000>Pétition
Non au terrorisme de l’Etat d’Israël
<A href="http://www.aloufok.net/spip.php?article2">http://www.aloufok.net/spip.php?article2
 
***
 
<FONT face=Arial size=2>Participez à la liste de Diffusion
<FONT color=#ff0000 size=4>" Assawra "
S’inscrire en envoyant un message à :
<A href="mailto:assawra-subscribe@yahoogroupes.fr">assawra-subscribe@yahoogroupes.fr