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Égypte : une campagne inédite dans le monde arabe

vendredi 18 mai 2012, par La Rédaction

Pour la première fois de leur vie, les Égyptiens vivent une élection présidentielle démocratique. La campagne menée par les 13 candidats retenus est pour eux un sujet d’étonnement quotidien. Il ne s’agit pas simplement d’affiches collées sur les murs ou de slogans, chacun a son style, ou plutôt sa façon d’attirer les électeurs.

Cette course à la présidence a eu un temps fort, absolument inédit. Le jeudi 10 mai, des millions de téléspectateurs ont vu les deux favoris, Amr Moussa et Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, s’attaquer sans retenue sur le petit écran. Moussa a été pendant dix ans le ministre des Affaires étrangères de Moubarak, puis il a été de 2001 à 2011 le patron de la Ligue arabe. Aboul-Foutouh est un islamiste modéré, un ancien pilier de la confrérie dont il a été chassé pour avoir décidé de briguer la première magistrature de l’État en juillet 2011. À l’époque, les Frères (al-Ikhwane) avaient promis de ne pas participer à la première présidentielle.

Le passé de chaque candidat a servi de cible à l’autre. "Comment un homme qui a travaillé pendant dix ans avec Moubarak peut-il prétendre reconstruire l’Égypte ?" a accusé Aboul-Foutouh. L’ancien ministre a rétorqué qu’il n’approuvait pas tous les actes du régime, et qu’il a été expulsé. Avant de lancer : "Vous avez fait de la prison, mais c’était pour défendre l’idéologie de la confrérie, et non pour la cause de la nation."

Depuis la fin de la monarchie, en 1952, l’élection présidentielle obéissait à un scénario bien rodé. Le Parlement choisissait le futur président, et le peuple l’approuvait par référendum. Les bureaux de vote ont souvent été déserts, mais qu’importe puisque le résultat n’en tient pas compte : 95 à 97 % des électeurs plébiscitaient le choix du Parlement. En 2005, pour la première fois, l’élection fut plus ouverte, mais il s’agissait d’une fiction, les règles électorales faisant en sorte que seul le président Moubarak, ou un membre du parti au pouvoir, puisse être élu.

D’où, actuellement, une certaine méfiance du simple citoyen même si le Conseil supérieur des forces armées ne cesse de répéter qu’il remettra le pouvoir entre les mains du nouvel élu.

Pour assurer la transparence de ce scrutin inédit, les 23 et 24 mai, 14 000 juges superviseront les votes à travers le pays. Le recours au pouvoir judiciaire, qui s’est toujours montré irréprochable, devrait apaiser les craintes.

Mais une autre question se pose, non moins redoutable : quelles seront les prérogatives du chef de l’État puisque la nouvelle Constitution n’a pas encore été rédigée, pire, que le Parlement n’a toujours pas établi la composition de l’Assemblée constituante. Elle devrait voir le jour dans les prochains jours, mais n’aura pas le temps d’élaborer son projet. Officiellement, le président jouira soit des prérogatives accordées dans la Constitution de 1971, soit de celles définies dans la Constitution transitoire du 30 mars 2011 enrichie d’un addendum.

Ce climat d’incertitude n’entame pas l’enthousiasme des candidats en campagne. Depuis une vingtaine de jours, ils parcourent les divers gouvernorats, et exposent leur programme devant des milliers de sympathisants. Pourtant, les propositions n’offrent pas une grande diversité. Les plaies de l’Égypte sont connues : la misère (40 % des Égyptiens sont au seuil de la pauvreté), le chômage, la corruption. Les remèdes aussi : établir une économie libre, la justice sociale, promouvoir l’enseignement et la santé...

Les libéraux, les laïcs, une bonne partie des Coptes et de la bourgeoisie soutiennent Amr Moussa. Aboul-Foutouh, héros des jeunes Frères musulmans, peut désormais compter sur les salafistes. Mais l’appui des islamistes radicaux inquiète les Coptes qui se sentaient proches de ce candidat modéré. Du côté des "petits candidats", Mohamed Morsi est puissamment aidé par la confrérie, qui affirme dans ses prêches que "voter pour Morsi, c’est plaire à Dieu". Ahmed Chafic est l’espoir des partisans de l’ancien régime, et l’armée, malgré son silence, ne saurait lui être défavorable.

Il est impossible de prédire le nom du futur président. D’autant plus qu’à une semaine du scrutin environ 40 % des électeurs affirment n’avoir pas encore fait leur choix. Il est également impossible de prévoir la façon dont le pouvoir militaire va préserver ses privilèges et son statut privilégié.

(18 mai 2012 - Avec les agences de presse)

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