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M.Obama, prisonnier des « faucons » en Irak ?

dimanche 19 avril 2009, par Gareth Porter

D’ici à l’été prochain, les Etats-Unis enverront de vingt à trente mille soldats en Afghanistan pour renforcer le contingent des troupes étrangères, qui se monte déjà à soixante-dix mille hommes. Cette escalade a été voulue à la fois par M. Barack Obama et par M. George W. Bush, lequel cherche, parallèlement, avec l’appui des militaires et du Pentagone, à « contourner » l’accord qu’il vient de signer sur le retrait total de l’armée américaine d’Irak. Et rendre ainsi inopérantes les promesses électorales du nouveau président.
Par Gareth Porter

Une question majeure s’est posée au lendemain de l’impressionnante victoire électorale de M. Barack Obama, en novembre 2008 : le président élu tiendrait-il la promesse formulée durant sa campagne de faire évacuer d’Irak les troupes combattantes dans un délai de seize mois à compter de sa prise de fonction ? Le sort de ce plan de retrait était attendu, à juste titre, comme un indicateur de l’orientation générale de sa politique étrangère et du rôle que M.Obama pourrait jouer dans les stratégies de sécurité nationale et extérieure (1).

Ce thème a provoqué le conflit le plus dur entre le président élu et un commandement militaire américain dont l’opposition à un départ rapide d’Irak n’est un secret pour personne. M. Obama allait-il défendre son option ou céder aux pressions ? L’enjeu de ce bras de fer n’était rien de moins qu’un choix fondamental entre un retrait stratégique et la tentative de prolonger la présence militaire américaine dans ce pays au-delà de 2011.

Loin d’être une simple concession faite à sa base militante antiguerre, le plan de M. Obama reflétait une analyse stratégique personnelle mûrement réfléchie. Son raisonnement a été énoncé lors d’un discours prononcé le 15 juillet 2008, au cours duquel il a déclaré que l’engagement militaire américain en Irak « nous détourne des menaces auxquelles nous sommes confrontés et de nombreuses occasions que nous pourrions saisir ». La guerre d’Irak, a-t-il précisé, « affaiblit notre sécurité, notre position dans le monde, notre armée, notre économie et épuise les ressources dont nous avons besoin pour affronter les défis du XXIe siècle ».

Son plan, a-t-il écrit, le 14 juillet 2008, allait impliquer des « ajustements stratégiques ». Il consulterait « les chefs militaires sur le terrain ainsi que le gouvernement irakien pour s’assurer que [les] troupes seront redéployées en toute sécurité (2) ». Mais, deux jours plus tard, lors d’une conférence de presse, il expliquait que ces mesures de prudence n’auraient pas d’incidence sur l’échéance à seize mois du retrait. Elles ne porteraient que sur le rythme de départ des troupes « certains mois », pour assurer leur sécurité.

M. Obama a insisté sur le fait qu’il ne ferait pas dépendre son calendrier des recommandations du commandement américain en Irak. « Le rôle du président, a-t-il dit, est de signifier aux généraux ce qu’est leur mission. » Quand finalement il rencontra le général David Petraeus, à Bagdad, un peu plus tard, ce même mois de juillet, ce fut, d’après le journaliste Joe Klein, pour rejeter l’argumentation de l’ex-commandant en chef des forces militaires en Irak en faveur d’un retrait « conditionnel (3) ». Le candidat démocrate à l’élection présidentielle insista sur le fait qu’il prendrait sa décision sur la base de sa propre évaluation des coûts du maintien de la présence militaire américaine.

Des débris d’Al-Qaida en Mésopotamie

Le plan de M.Obama comportait une ambiguïté.En effet, son auteur a laissé entendre qu’il maintiendrait en Irak « une force résiduelle » à même d’effectuer des « missions limitées », qu’il a définies comme incluant non seulement la protection et la formation des forces de sécurité irakiennes, mais également « la poursuite des débris d’Al-Qaida en Mésopotamie ». Toutefois, il avait déclaré auparavant que les soldats dont la mission serait de poursuivre Al-Qaida seraient basés ailleurs au Proche-Orient.

Comme tout le monde à Washington, M. Obama attendait l’accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement, SOFA), alors en cours de négociation entre les Etats-Unis et l’Irak, concernant la présence militaire américaine à long terme dans ce pays (4). A la mi-août 2008, l’administration de M. George W. Bush répétait encore que les dates de retrait des forces combattantes ne seraient qu’indicatives et ainsi soumises à « conditions ». Cependant, contre toute attente, le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a contraint M. Bush à accepter le retrait intégral non seulement de toutes les troupes de combat, mais également des unités non combattantes avant la fin 2011. Il a aussi exigé le départ des militaires américains des villes d’ici à juin 2009 et leur regroupement dans des bases dont l’emplacement serait soumis à un accord avec Bagdad.

Dans sa version finale, le SOFA, que l’administration Bush a entériné le 6 novembre, exige que Washington établisse un calendrier détaillé pour un retrait total et crée même les « mécanismes et arrangements » de nature à « réduire les effectifs militaires américains dans la période considérée (5) ». L’accord interdit aux troupes américaines d’opérer dans le pays sans la pleine approbation et la coordination irakiennes et d’emprisonner des Irakiens sans l’ordonnance d’un tribunal local. Il interdit de manière formelle d’utiliser le territoire ou l’espace aérien irakiens pour « lancer des attaques contre d’autres pays ».

Au moment où M. Obama a été élu, son calendrier de retrait sur seize mois se conformait donc entièrement à la lettre de l’accord américano-irakien. Mais le commandement militaire américain était loin d’être en phase avec son plan — ou avec les conditions qui lui étaient imposées par le SOFA. Il est vite apparu que la bureaucratie du Pentagone allait manœuvrer pour contourner cet accord.

Le 7 novembre, Time Magazine citait le nouveau commandant des forces américaines en Irak, le général Raymond Odierno, affirmant que le retrait devait se faire « lentement, de façon délibérée, de manière que nous ne perdions pas les gains que nous avons obtenus ». Le journal rapportait que les « hauts responsables militaires américains » allaient probablement conseiller au président élu de « revoir sa promesse de campagne de retirer toutes les troupes de combat américaines d’Irak d’ici à la mi-2010 ».

Trois jours plus tard, le 10 novembre, le Washington Post annonça que l’amiral Michael Mullen, le chef d’état-major interarmes, s’opposait au plan de retrait de M. Obama, qu’il considérait comme « dangereux », et soutenait l’opinion de l’armée selon laquelle les « réductions d’effectifs doivent dépendre de la situation sur le terrain ». Citant des « experts de la défense », le quotidien estimait que le conflit entre M. Obama et ces chefs militaires serait « inévitable » si le président faisait pression pour que s’effectue le retrait de deux brigades par mois, ainsi qu’il l’avait réaffirmé sur son propre site Internet peu après l’élection.

S’adressant à des journalistes le 16 novembre, l’amiral Mullen a indiqué son intention de conseiller à M. Obama de faire dépendre le rythme du retrait des événements sur le terrain. Cette annonce a constitué un véritable défi lancé au président élu.

Le jour même de la signature de l’accord, le 18 novembre, le Washington Post signale que les responsables du Pentagone ont confirmé que le calendrier envisagé dans l’accord leur laisse suffisamment de temps pour évacuer tout l’équipement et environ cent cinquante mille soldats d’Irak en toute sécurité, mais qu’ils ont aussi répété qu’« un tel retrait ne devrait avoir lieu que si les conditions le justifient ». Ces hauts responsables, ayant compris que l’accord rejetait l’option conditionnelle au profit d’un calendrier ferme, réaffirment par là que les Etats-Unis ne doivent pas être contraints par l’échéance figurant dans l’accord qu’ils viennent de signer.

L’insistance des militaires à privilégier une approche conditionnelle faisait partie d’un plan plus vaste de Washington et des hauts responsables militaires pour se soustraire aux principales dispositions du SOFA. Le 25 novembre, le groupe de presse McClatchy révéle que l’administration Bush a secrètement adopté des « interprétations » concernant l’interdiction d’utiliser les bases irakiennes pour lancer des attaques vers d’autres pays et l’obligation d’informer par avance Bagdad de toute opération militaire de l’armée américaine. Elles permettraient aux Etats-Unis de « contourner » ces contraintes légales. Il est prévu d’invoquer la « légitime défense » mentionnée dans l’accord pour justifier toute frappe contre des cibles situées en Syrie et en Iran et n’avoir plus comme obligation que d’informer les responsables irakiens d’opérations planifiées dans une région donnée à un moment précis.

L’administration Bush n’a pas communiqué ces « interprétations » au gouvernement irakien, qui les aurait immédiatement rejetées. En fait, il ne s’agissait pas d’« interprétations » de l’accord mais de propositions visant à le subvertir. Car la disposition qui régit les opérations militaires américaines ne prévoit pas seulement une notification, mais exige l’« aval du gouvernement irakien » et une « véritable coordination avec les autorités irakiennes ». Quant à l’interdiction des « attaques contre d’autres pays », elle est, dans l’accord, absolue et inconditionnelle.

Un stratagème encore plus redoutable a été conçu pour subvertir l’esprit du SOFA. Le New York Times a révélé, le 4 décembre, que les « planificateurs du Pentagone » proposaient de « rebaptiser des unités, de sorte que celles qui sont actuellement considérées comme des troupes de combat puissent être “remissionnées” » et « leurs opérations redéfinies comme actions de formation et de soutien pour les Irakiens ». Le journal a suggéré, le plus sérieusement du monde, que la méthode ainsi proposée permettrait à « l’objectif de M. Obama [d’]être atteint au moins en partie ». En réalité, c’était tout le contraire : l’article précisait que le Pentagone projetait le maintien en Irak de quelque soixante-dix mille soldats américains « pour une longue période, au-delà même de 2011 ».

Le plan pour conserver indéfiniment des unités combattantes en Irak sous couvert d’« entraînement » et de « renfort », l’insistance de l’amiral Mullen et d’autres chefs militaires sur un « retrait sous conditions » et les justifications échafaudées pour passer outre aux restrictions imposées aux opérations militaires américaines avaient un point commun : l’intention de l’armée des Etats-Unis et de ses alliés politiques de contourner à la fois le plan de désengagement de M. Obama et l’accord américano-irakien.

Maintien de M.Robert Gates à la défense

Ainsi, le président élu a affronté une bureaucratie du Pentagone qui affichait sa détermination à maintenir en Irak un cap en contradiction avec sa politique et la volonté clairement exprimée du gouvernement irakien. La pression quasi irrésistible exercée sur M. Obama pour qu’il garde le secrétaire à la défense Robert Gates doit être comprise à la lumière de ce défi ouvert à son leadership sur une question de politique étrangère d’une importance capitale. Cette pression s’est manifestée dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l’élection du 4 novembre quand le New York Times s’en est fait l’écho, rapportant que le maintien de M. Gates au Pentagone « est demandé publiquement par des journalistes et des commentateurs, et plus calmement par des membres du parti d’Obama influents au Congrès »...

Pour justifier cette demande de reconduction sans précédent, ses avocats ont invoqué le besoin de continuité et de stabilité militaire à un moment où les Etats-Unis sont impliqués dans deux guerres. En fait, selon une source proche de l’équipe de transition de M. Obama, le raisonnement était ouvertement politique : les démocrates, comme toujours, étaient préoccupés par leur fragilité supposée sur les questions de sécurité nationale et préféraient voir M. Gates, un républicain, diriger la politique irakienne, pour disposer d’une couverture.

La signification du choix de M. Gates est évidente. Il est connu pour s’être opposé au plan de retrait de M. Obama, aux côtés du commandement militaire. Et il est inconcevable qu’il ne soit pas pleinement engagé dans la mise en place au Pentagone d’une politique cherchant à rendre caduc l’accord américano-irakien et à prolonger indéfiniment la présence militaire des Etats-Unis en Irak. Etant donné l’étendue et la multiplicité de ses compétences et de ses pouvoirs, il est probable qu’il a joué un rôle central dans ce montage.

M. Obama peut continuer à faire des déclarations sur la politique irakienne, la nomination de M. Gates suggère que le contrôle de ce dossier est déjà passé de la Maison Blanche au Pentagone. S’il est mécontent de ce que fait M. Gates en Irak, le nouveau président ne peut pas menacer de le limoger. On peut donc s’attendre à ce que le Pentagone continue par tous les moyens à s’opposer en sous-main à l’accord mais aussi au régime irakien pour tenter de préserver une présence militaire de longue durée.

Le récit de la façon dont M. Obama en est venu à perdre tout contrôle effectif sur la politique irakienne constitue une leçon magistrale sur la nature du pouvoir concernant un dossier sensible pour l’état-major militaire et ses alliés civils. Démonstration a été faite de la fragilité du système démocratique de défense face à l’influence dominante des militaires américains et de leurs alliés lorsqu’ils sont unis et déterminés à imposer leurs vues.

Gareth Porter
Journaliste et historien, auteur notamment de Perils of Dominance : Imbalance of Power and the Road to War in Vietnam, University of California Press, Berkeley, 2005

Le Monde diplomatique - janvier 2009

Notes

(1) Lire Michael T. Klare, « Le monde vu de la (future) Maison Blanche », Le Monde diplomatique, octobre 2008.
(2) « My plan for Iraq », The New York Times, 14 juillet 2008.
(3) Time Magazine, New York, 22 octobre 2008.
(4) Lire Alain Gresh, « Les Etats-Unis vont-ils gagner la guerre en Irak ? », Le Monde diplomatique, mars 2008.
(5) Status of Forces Agreement (SOFA)

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