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Egypte : Propositions de réformes insuffisantes pour "La Coalition"

dimanche 6 février 2011, par La Rédaction

Les groupes de jeunes qui sont à l’origine du soulèvement anti-Moubarak ont formé une coalition, assurant dimanche qu’ils n’allaient pas lever leur occupation de la place Tahrir au Caire tant que le président égyptien n’aurait pas démissionné. Dans un communiqué, "la Direction unifié des jeunes révolutionnaires en colère" a promis de ne pas quitter les lieux, qu’ils occupent avec d’autres manifestants depuis le 28 janvier, avant que leurs revendications soient satisfaites, la première d’entre elle étant "la démission du président".
Le communiqué a été lu par Ziad al-Oulaimi lors d’une conférence de presse. Il est l’un des six dirigeants de la coalition, constituée le 24 janvier, la veille des premières manifestations, mais annoncée dimanche. La coalition regroupe des représentant du Mouvement du 6 avril, du Groupe pour la justice et la liberté, de la "Campagne du porte-à-porte", de la "Campagne populaire de soutien à ElBaradei", des Frères musulmans et du Front démocratique.
La coalition réclame aussi la levée immédiate de l’état d’urgence, la dissolution du Parlement, la formation d’un gouvernement d’union nationale pour assurer une transition pacifique du pouvoir et organiser une réforme constitutionnelle.
Le gouvernement a annoncé dimanche qu’un comité se réunira d’ici mars pour préparer des réformes constitutionnelles. Au cours d’une réunion rassemblant le vice-président Souleiman et des représentants de l’opposition, il y a eu consensus sur "la formation d’un comité qui comptera le pouvoir judiciaire et un certain nombre de personnalités politiques, pour étudier et proposer des amendements constitutionnels et les amendements législatifs requis (...) avant la première semaine de mars", a annoncé Magdi Radi, porte-parole du gouvernement.
Les Frères musulmans ont pris part à ces discussions, de même que certains des groupes ayant participé aux manifestations. C’est la première fois en un demi-siècle que le pouvoir et les Frères musulmans, officiellement interdits, discutent publiquement. D’après M. Radi, les participants à la séance de dimanche se sont mis d’accord sur "une transition pacifique du pouvoir basée sur la Constitution". Les Frères musulmans ont toutefois jugé "insuffisantes" les propositions de réformes. "Les demandes sont toujours les mêmes. Ils (le gouvernement) n’ont pas répondu à la majorité des demandes, ils n’ont répondu qu’à certaines, et de manière superficielle", a précisé Essam al-Aryane, un haut responsable de la confrérie.
Jusqu’ici ennemis jurés du régime de Moubarak, les Frères musulmans, mouvement islamiste égyptien, ont accepté dans la nuit de samedi 5 à dimanche 6 février de participer aux discussions ouvertes par le vice-président Souleimane. "Nous avons décidé de nous engager dans un cycle de dialogue pour évaluer le sérieux des autorités en ce qui concerne les revendications de la population et leur volonté d’y répondre", a expliqué un porte-parole de la confrérie à l’agence Reuters. Les discussions ont débuté, dimanche 6 février à midi, et Hillary Clinton a fait part de son soutien à cette démarche. La plupart des opposants fait du départ d’Hosni Moubarak un préalable à toute discussion et refuse d’entrer en pourparlers avec le numéro deux du régime. Selon la BBC, les Frères musulmans ont également annoncé faire leur possible pour maintenir l’armée à l’écart des négociations.
A la fois seule force d’opposition constituée et menace pour le pouvoir, qui les a interdit et a toujours refusé de dialoguer avec eux jusqu’ici, les Frères musulmans étaient restés en retrait, au début de la contestation, même si leurs partisans sont présents en nombre place Tahrir. Ils semblent désormais désireux d’être partie prenante de futures négociations. Soucieux de leur image, ils ont déjà laissé entendre qu’ils ne présenteraient pas de candidat à de futures élections présidentielles, et promettent que leur participation aux négociations est destinée à "protéger la révolution".
Le vice-président Omar Souleiman a refusé dimanche un appel de l’opposition à assumer les pouvoirs du président Hosni Moubarak, rapporte un participant aux négociations entre le pouvoir et l’opposition. "Nous lui avons demandé que le président délègue ses pouvoirs au vice-président, conformément aux prérogatives que lui donne l’article 139 (de la Constitution) mais il a refusé", a déclaré à l’AFP ce responsable d’un parti d’opposition qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat.
Une transition passant par M. Souleiman faisait partie des plans envisagés par une partie de l’opposition et les diplomaties étrangères, notamment parce qu’elle permettrait à M. Moubarak de se retirer sans perdre la face, et aurait donné satisfaction à l’opposition, qui a fait du départ du président la condition principale à la fin de la mobilisation.
Face à la résolution des opposants, le pouvoir égyptien tente de jouer sur l’envie d’un retour au calme dans la population. La direction du parti du président Moubarak a démissionné samedi 5 février, lui inclus, tandis que le raïs égyptien, qui a organisé samedi une réunion avec ses ministres en charge de l’économie, lançait un appel à la reprise du travail dans le pays.
Un appel relayé par l’armée : "Nous voulons que les gens retournent au travail et soient payés, et que la vie reprenne son cours", a lancé samedi le commandant Hassan al Roweny, s’adressant aux manifestants de la place Tahrir. Les 341 banques de la ville ont rouvert dimanche 6 février, provoquant des files d’attentes de cairotes pressés de retirer ou de déposer de l’argent, après deux semaines de paralysie.
La diplomatie américaine a semblé préciser sa position, samedi 5 février. Réunie avec d’autres leaders mondiaux à Munich, en Allemagne, pour une conférence sur la sécurité, Hillary Clinton a soutenu, samedi, la tentative du vice-président Omar Souleimane de mener des discussions avec l’opposition, en vue de la formation d’un gouvernement de transition. Elle n’hésite d’ailleurs plus à affirmer que "ce mouvement permettra la tenue dans l’ordre des élections prévues en septembre”, semblant donc compter sur un maintien du pouvoir en place jusqu’à cette date.
Les Etats-Unis sont accusés par les opposants égyptiens de ne pas avoir su définir de position claire : si Washington soutient les mouvements démocratiques de la région, il doit composer avec Hosni Moubarak, allié fidèle dans la région, notamment envers Israël. C’est pourquoi, tout en appelant, samedi, à des réformes démocratiques dans l’ensemble du Proche-Orient, Hillary Clinton s’emploie à préserver à Hosni Moubarak la possibilité d’une sortie "la tête haute" du pouvoir, voire d’un maintien, au moins le temps d’organiser des élections.
Nombre d’officiels américains s’emploient à dresser un portrait positif du raïs égyptien, à l’instar de l’ex-vice-président républicain Dick Cheney a fait part, dimanche 6 février, de son amitié pour le raïs egyptien, qualifié d’homme "bon, ami et allié des Etats-Unis, ce que nous ne devons pas oublier".
La perspective d’un gouvernement "d’union nationale" transitoire divise les opposants. "Entendre (...) que Moubarak doit rester et conduire le changement, et que le processus reposerait essentiellement sur son plus proche conseiller militaire, qui n’est pas la personnalité la plus populaire en Egypte, sans partage du pouvoir avec les civils, serait très, très décevant", a commenté Mohamed El-Baradeï, prix Nobel de la paix et figure de l’opposition.
Certains redoutent que le front des opposants ne se fissure. Après douze jours de manifestations souvent émaillées de violences, la lassitude se fait jour parmi les manifestants de la place Tahrir. "Ce pourrait ne pas être quotidien, mais, ce que j’entends, c’est qu’ils pourraient organiser des manifestations d’un jour sur l’autre. La différence, c’est qu’elles pourraient être plus déterminées et plus violentes et je ne voudrais pas voir cette magnifique révolution pacifique devenir sanglante", estime Mohamed ElBaradeï.
Les opposants occupent toujours la place Tahrir au Caire, malgré les tentatives de l’armée pour les en déloger sans violence, dans la soirée de samedi 5 février. Les militaires ont tenté dans la nuit de dégager une voie circulable au milieu de la place, sans recourir à la force. Les manifestants ont empêché les militaires de s’exécuter. Selon la correspondante sur place de la BBC, l’armée empêcherait maintenant le ravitaillement des manifestants en nourriture.

"La Coalition" regroupe des représentant du Mouvement du 6 avril, du Groupe pour la justice et la liberté, de la "Campagne du porte-à-porte", de la "Campagne populaire de soutien à ElBaradei", des Frères musulmans et du Front démocratique.

(Dimanche, 06 février 2011 - Avec les agences de presse)

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