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Tunisie : l’annonce du remaniement est repoussée

mercredi 26 janvier 2011, par La Rédaction

La pression de la rue augmente, l’annonce du remaniement ministériel est repoussée. Initialement prévue pour la journée de mercredi 26 janvier, elle devrait finalement intervenir "à une heure tardive" mercredi voire "jeudi matin" a déclaré le ministre du développement régional. L’agence de presse Reuters qui cite des sources politiques avance même les ministères concercés : l’intérieur, la défense et les affaires étrangères.
Mercredi, à Tunis, la sécurité a été renforcée près du siège du premier ministre où des centaines de manifestants ont campé sur place pour réclamer la démission du gouvernement de transition. Les forces de sécurité ont bloqué à l’aide de barbelés les accès principaux de la Casbah, l’esplanade de la capitale où se situent les bureaux du premier ministre et de plusieurs ministères. Des policiers anti-émeutes ont pris position alentour. Dans la matinée, la police a tiré des grenades de gaz lacrymogène contre des manifestants qui voulaient forcer un barrage et qui leur jetaient des pierres.
Dans l’après-midi, les autorités ont cependant annoncé un allègement du couvre-feu. Selon l’agence officielle TAP, "en raison d’une amélioration de la situation sécuritaire", le couvre-feu sera en vigueur de 22 heures à 4 heures, remplaçant la précédente interdiction de circuler qui courait de 20 heures à 5 heures.
"A bas le gouvernement !" Quelques centaines de manifestants qui ont dormi sur place au mépris du couvre-feu chantaient des slogans sous les fenêtres du premier ministre, Mohamed Ghannouchi. "Nous avons une seule demande : que le gouvernement tombe, ils doivent tous partir, Ghannouchi le premier", a déclaré l’un d’eux. "Il faut nettoyer les restes de l’ancien gouvernement. Ce gouvernement est celui du 7 novembre", date du coup d’Etat de 1987 qui avait porté au pouvoir Zine El-Abidine Ben Ali, en fuite depuis le 14 janvier en Arabie saoudite.
La fermeture des principaux accès à la Casbah par les forces de sécurité, qui ont tenté ainsi d’empêcher le ravitaillement en couvertures et nourriture des manifestants, dont de nombreux provinciaux issus de l’intérieur déshérité du pays, a suscité de l’irritation. "Vous voulez nous affamer, vous voulez nous assiéger", a lancé aux forces de l’ordre un homme venu de Sfax, à 270 km au sud de Tunis.
A Sfax, la deuxième ville de Tunisie, la grève générale a commencé mercredi avec "le débrayage de milliers de travailleurs de tous les secteurs", selon l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). Les grévistes ont commencé à se rassembler devant le siège régional de la centrale syndicale pour demander la dissolution du gouvernement de transition, à l’appel de la centrale. "On va également demander pendant la marche la dissolution du RCD et dénoncer l’information officielle qui s’attaque à l’UGTT", a indiqué un membre du syndicat.
La centrale syndicale a joué un rôle important dans l’organisation des manifestations de la "révolution du jasmin" qui ont abouti à la chute du régime. Elle pèse aujourd’hui fortement dans le mouvement de protestation qui réclame le départ des membres de l’équipe de Ben Ali qui occupent les postes-clés du gouvernement de transition.
L’UGTT accuse des nostalgiques du président déchu d’attaquer ses locaux. "Des miliciens et des bandes de malfaiteurs liés à l’ancien régime se sont attaqués, mardi, aux sièges régionaux de Gafsa, Kasserine, Béjà, Monastir et Mehdia", a déclaré Iffa Nasr, porte-parole de la centrale syndicale. Selon lui, les assaillants étaient armés de gourdins, de pierres, d’armes blanches et de chaînes. "Ils ont saccagé les locaux et blessé des syndicalistes à Gafsa", a-t-il affirmé. "Mardi, des inconnus ont tenté d’attaquer à Gafsa le siège régional de l’UGTT, mais l’armée est intervenue pour protéger le bâtiment, qu’elle a dégagé en tirant en l’air", a indiqué Ammar Ben Amroussia. "Des bandes de malfaiteurs composées d’hommes d’affaires liés à l’ancien régime et de cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique ont attaqué les syndicalistes à l’intérieur du siège régional syndical", a affirmé ce syndicaliste.
L’UGTT a d’ores et déjà appelé à une "grève générale" jeudi à Sidi Bouzid, foyer de la révolution qui a provoqué la chute du président Ben Ali, pour exiger la démission du gouvernement de transition.

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Mandat d’arrêt international contre Ben Ali

La justice tunisienne a lancé un mandat d’arrêt international contre le président déchu Zine El Abidine Ben Ali, réfugié en Arabie Saoudite, ainsi que contre son épouse Leïla Trabelsi, a annoncé mercredi le ministre de la Justice Lazhar Karoui Chebbi.
L’ancien président et son épouse sont poursuivis pour "acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers" et "transferts illicites de devises à l’étranger", a précisé le ministre, au cours d’une conférence de presse.
Le président Ben Ali a fui le 14 janvier la Tunisie, sous la pression d’une révolte populaire sans précédent, et a trouvé refuge en Arabie Saoudite.
Son épouse Leïla, honnie par la population pour avoir mis le pays en coupe réglée, a également quitté le pays, à une date et pour une destination inconnues.

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Les tensions entre manifestants et policiers antiémeutes restent vives

La police antiémeutes tunisienne a tiré mercredi des grenades de gaz lacrymogène sur des manifestants qui tentaient de forcer un barrage bloquant un accès à l’esplanade où se situent les bureaux du Premier ministre. Ces incidents se sont produits alors que le gouvernement de transition doit annoncer dans la journée un remaniement pour tenter d’apaiser la colère des milliers de manifestants qui protestent chaque jour à Tunis contre la présence en son sein de nombreux caciques de l’ancien régime Ben Ali. Les policiers ont tiré des grenades lacrymogènes contre un groupe de manifestants qui avaient arraché à mains nues un premier barrage de fils de fer barbelés et leur jetaient des pierres, afin de les repousser.
De plus en plus nombreux, des jeunes ont alors bombardé de projectiles les policiers, qui ripostaient avec des gaz, sans affrontement direct. L’armée, qui s’était interposée la veille lors de heurts entre policiers et manifestants, restait passive. Les forces de l’ordre avaient installé dans la matinée des barrages bloquant l’accès à l’esplanade de la Kasbah où, pour la troisième nuit consécutive, des centaines de personnes, dont de nombreux jeunes venus des régions contestataires et déshéritées du centre du pays, ont dormi sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, bravant le couvre-feu.
"À bas le gouvernement !" scandaient dès 9 heures ces manifestants, qui ont promis de rester sur place jusqu’à la chute du gouvernement. "Nous avons une seule demande : que le gouvernement tombe, ils doivent tous partir, Ghannouchi le premier", a déclaré à l’AFP Bassem el-Barouni, un jeune Tunisien ayant dormi sur place. "Il faut nettoyer les restes de l’ancien gouvernement. Ce gouvernement est celui du 7 novembre", date du coup d’État qui avait porté au pouvoir le président déchu Zine el-Abidine Ben Ali en 1987, a estimé Hamid el-Ghribi.
La fermeture des principaux accès à la Kasbah par les forces de sécurité, qui ont gêné le ravitaillement en couvertures et nourriture des manifestants, suscite la colère. "Vous voulez nous affamer, vous voulez nous assiéger", a lancé aux forces de l’ordre Hamid el-Gribi, un Tunisien venu de Sfax, à 270 km au sud de Tunis. "Vous nous enfermez comme des singes", se plaignait un jeune homme.

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Paris était "parfaitement informé des dérives du système Ben Ali" , selon un ex-ambassadeur

L’ex-ambassadeur de France en Tunisie Yves Aubin de La Messuzière affirme que "les autorités politiques françaises" étaient "parfaitement informées des dérives du système Ben Ali" et que l’expertise des diplomates a été "négligée", dans une tribune publiée mercredi dans Libération.
Lundi, Nicolas Sarkozy a déclaré que la France avait "sous-estimé (les) aspirations du peuple tunisien à la liberté", faisant ainsi un mea culpa après avoir été très critiqué pour n’avoir lâché l’ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali qu’après sa chute le 14 janvier.
"Les autorités politiques françaises étaient (...) parfaitement informées des dérives du système Ben Ali, qui rejetait toute référence à la question des droits de l’Homme", écrit l’ancien diplomate, en poste en Tunisie entre 2002 et 2005. "L’expertise du Quai d’Orsay, marginalisé depuis 2007, était négligée", accuse-t-il.
"Au cours de la décennie passée, les analyses de notre ambassade à Tunis et celles du Quai d’Orsay soulignaient régulièrement la dégradation des libertés publiques et la répression qui touchait les associations et les organisations non gouvernementales", affirme encore Yves Aubin de La Messuzière.
Selon l’ancien directeur Afrique du Nord et Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères (1999-2002), "les rapports diplomatiques mettaient aussi l’accent sur l’exaspération et le mal-être de la jeunesse tunisienne", ainsi que sur "la prévarication et le développement d’un système de prédation du secteur privé de l’économie par le clan Trabelsi".
"L’analyse diplomatique privilégiait le risque de mouvements sociaux à la menace islamiste", affirme-t-il encore.
Yves Aubin de La Messuzière juge que "les premières déclarations françaises, au lendemain de la chute de Ben Ali, n’ont pas été à la hauteur". Il rappelle en outre que les propos de Nicolas Sarkozy au cours de sa visite en 2008 à Tunis, où il s’était félicité "des progrès de l’espace des libertés publiques, avaient suscité l’imcompréhension et l’indignation".
Il conclut qu’"un effort important est nécessaire pour rétablir la confiance" avec la Tunisie.

(Mercredi, 26 janvier 2011 - Avec les agences de presse)

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