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Rami Elhanan : "Les Israéliens ne veulent pas voir les crimes commis contre les Palestiniens"

jeudi 30 septembre 2010, par Audrey Garric

Mardi 28 septembre, la marine israélienne a intercepté un voilier de pacifistes juifs qui tentaient de briser le blocus maritime de la bande de Gaza et l’a reconduit de force au port israélien d’Ashdod. Rami Elhanan, un Israélien de 60 ans, était sur le bateau. S’il savait qu’il ne pourrait pas atteindre Gaza pour livrer les médicaments, jouets et autres livres que contenait la cargaison, il a souhaité participer à cette action afin d’"attirer l’attention de [son] peuple" sur le "crime dont sont victimes 1,5 million de Palestiniens".
Ce militant œuvre dans l’association Parents circle, qui promeut la solidarité entre familles israéliennes et palestiniennes qui ont perdu un proche dans le conflit. Lui-même a perdu sa fille de 14 ans dans un attentat à Jérusalem, en 1997, et prit alors conscience de l’urgence d’agir en faveur du peuple palestinien.

Comment s’est déroulé l’arraisonnement de votre navire, l’Irene ?
Rami Elhanan : Très calmement. Nous étions neuf militants pacifistes à bord, une Américaine, une Allemande, deux Britanniques et cinq Israéliens. La marine israélienne, une armada d’une centaine de bateaux, nous a encerclés et obligés à stopper notre voilier avant d’en prendre le contrôle. Les militaires ont été polis et très professionnels, à l’exception d’un officier qui a menacé avec un pistolet électronique un coéquipier, Yonatan Shapira, ancien officier israélien. Ce n’était pas nécessaire puisque personne n’a opposé de résistance à l’armée. Nous avons ensuité été menés jusqu’au port d’Ashdod. Là-bas, une centaine de militaires nous attendaient et nous dévisagaient. La police nous a fouillés et interrogés pendant une demi-heure. Nous avons ensuite été libérés sur parole.

Israël a qualifié votre action de "provocation". Quel était votre but ?
Nous savions effectivement que nous ne pourrions pas franchir le blocus. Mais nous ne pouvions pas non plus rester les bras croisés alors que dans la bande de Gaza, 1,5 million de Palestiniens innocents, dont 700 000 enfants, sont victimes d’un crime et vivent dans des conditions insupportables. C’est immoral et contraire aux principes de base du judaïsme. Nous voulions donc attirer l’attention de notre peuple et du monde entier sur cette situation qui ne peut plus durer. En ce moment, ce sont les vacances en Israël. Les gens mangent, boivent et font la fête. Mais on ne peut pas s’amuser alors que 1,5 million de Palestiniens dans la bande de Gaza et 2 millions en Cisjordanie vivent en territoire occupé. Cela va nous exploser à la figure.

Comment votre action a-t-elle été reçue en Israël ? Avez-vous le sentiment que le peuple israélien vous a perçus différemment des militants du Mavi Marmara, du fait que vous étiez cinq Israéliens à bord, dont un rescapé de la Shoah et un ancien militaire de Tsahal ?
Les Israéliens ont été très divisés face à notre action. Certains nous ont appelés ou écrit pour nous féliciter et nous apporter leur soutien. On m’a même surnommé "le Gandhi israélien". Mais d’autres nous ont qualifiés d’extrémistes et nous ont enjoint de nous installer à Gaza et de ne jamais revenir. Nous avons même reçu des menaces de mort. Au final, je pense que nous avons marqué un point. Mais malgré tout, les Israéliens ne veulent pas voir les crimes commis contre les Palestiniens en leur nom. L’ignorance est très confortable : ceux qui ne savent pas ne se sentent pas honteux. Ils pensent par ailleurs être les principales victimes du conflit au Proche-Orient. Personne d’autre n’a le droit à leurs yeux d’être considéré comme une victime. Il faut donc continuer à mener des actions pour essayer de les faire changer d’avis.

Croyez-vous en une paix entre Israéliens et Palestiniens ?
Je ne crois pas que les pourparlers de paix en cours entre Israéliens et Palestiniens puissent aboutir. Notre premier ministre, Benyamin Nétanyahou, tente de donner le change à ses partenaires américains et européens, mais en réalité, il ne fera aucune concession pour trouver une solution au conflit. Or, c’est au plus fort, à l’occupant, à l’agresseur, d’agir pour améliorer la situation du plus faible, de l’occupé, de l’agressé. La solution ne viendra pas de la sphère politique. Il faut alors que les citoyens, israéliens mais aussi des autres pays développés, fassent pression sur le gouvernement israélien et aident le peuple palestinien. C’est pourquoi nous comptons continuer à agir, comme par exemple en boycottant les produits venant des colonies, et à communiquer, dans les médias ou lors de conférences.

(Propos recueillis par Audrey Garric - Le Monde du 30 septembre 2010)

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