Al-Oufok

Site du Mouvement Démocratique Arabe

Accueil > Culture > Palestisraël

Palestisraël

jeudi 30 septembre 2010, par Patrick Besson

Aller au cinéma le matin, c’est comme se soûler le matin ou faire l’amour le matin : un avant-goût du paradis où on ira tous, même moi. Au MK2 Bibliothèque (Paris 13e), on était deux, ce vendredi à 9 h 50, dans la salle où passait " Miral ", le nouveau film de Julian Schnabel : un type en bermuda et sac à dos, et moi. Le type a changé plusieurs fois de place. A quoi sert de s’installer dans une salle de cinéma vide si on n’en profite pas pour changer plusieurs fois de place ? J’ai reconnu un des esprits logiques, méthodiques et obstinés comme je les aime et je m’apprêtais à changer de place moi-même pour m’installer à côté de cet inconnu afin d’avoir avec lui une conversation animée au sujet de nos divers tics, tocs et obsessions en commun. Mais le film avait déjà commencé et, de toute façon, l’homme s’éclipsa au bout de quelques minutes. Je vérifiai quand même qu’il avait toujours son sac à dos. Un terroriste découragé par le peu de victimes que ferait son engin ? Je me retrouvai donc seul à regarder " Miral ". Et il semblerait que nous ne sommes pas beaucoup à l’aimer.
Pour cette nouvelle oeuvre controversée, Julian Schnabel s’est inspiré du roman autobiographique éponyme de Rula Jebreal (Oh ! Editions), écrivain et journaliste originaire de Palestine dont le cinéaste, juif tchèque de nationalité américaine, partage désormais la vie. Elle n’est plus en djellaba, mais il est toujours en pyjama. Sur une crique de Montauk, où ils posent pour la photographe Kasia Wandycz dans Paris Match. Lui papa trop de gâteaux, elle mélancolie errante. Au retour d’un week-end à Mézinville (Seine-et-Marne), j’écoutais, en compagnie de mon fils cher et de mon épouse chérie, le quatuor à cordes vocales de Jérôme Garcin s’exciter, dans la célèbre émission de France Inter " Le masque et la plume ", contre Schnabel. Et je me suis demandé, comme sans doute les autres auditeurs de l’autoroute A6, captifs des embouteillages : pourquoi tant de haine ? Les quatre cinéphiles enragés parlaient de Schnabel comme s’il avait violé leur mère, brûlé leur auto ou tué leurs enfants, alors qu’à ma connaisance le grand peintre a seulement réalisé un film. Qui raconte l’histoire vraie de l’enfance et de l’adolescence d’une jeune fille arabe en Israël de 1967 à 1987. Et si l’intolérable était tout simplement là : que la souffrance palestinienne soit racontée au cinéma, avec ou sans talent ?
Arrêtée pour possession de tracts propalestiniens, Miral est interrogée et battue par la police. Ça, Danièle Heymann n’a pas supporté. Ça a été trop pour elle. Comment Schnabel a-t-il osé ? Jusqu’à quel degré d’abjection lui a-t-il fallu descendre pour montrer une chose aussi mensongère, aberrante, absurde : la police israélienne tabassant un suspect palestinien ? Ils étaient tous bien d’accord. Schnabel dépassait les bornes. Un autre critique - n’ai retenu que son prénom : Xavier - a dit que ça ne servait à rien de faire un film sur le conflit israélo-palestinien, nos journaux en sont déjà pleins. Profondeur du raisonnement.
Dans " Miral ", c’est l’Indienne Freida Pinto qui interprète le rôle de Miral, c’est-à-dire celui de Rula : jeune fille sensible, superbe, enthousiaste, généreuse, brillante, blessée. Il y a un beau moment où elle imagine un Israël qui serait à la fois le foyer des Juifs et des Palestiniens. Ceux-ci y auraient les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes distractions. C’est une vieille idée qui n’arrive pas à devenir un livre. On a pourtant le titre : " Palestisraël "

(Patrick Besson - Le Point du 30 septembre 2010)

Miral
Sorti le 15 septembre 2010
Réalisé par : Julian Schnabel
Synopsis : Jérusalem, 1948. Alors qu’elle se rend à son travail, Hind, une jeune Palestinienne, recueille un groupe d’enfants victimes d’une attaque israélienne. Ainsi naquit l’institut Dar Al Tifel, un pensionnat pour enfants palestiniens. Miral, fillette de 7ans est conduite par son père Jafal à l’institut après le suicide de sa mère. Les années passent et à 17 ans, Miral se retrouve à l’heure des choix : partagée entre la défense de la cause de son peuple par la force et l’idée, inculquée par Hind, que l’éducation est la seule solution. Le film est présenté en compétition dans le cadre de la 67ème Mostra de Venise.

<FONT color=#ff0000 face=Arial>Pétition
Non au terrorisme de l’Etat d’Israël
<A href="http://www.aloufok.net/spip.php?article2">http://www.aloufok.net/spip.php?article2