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Une histoire hors la loi ?

samedi 25 septembre 2010, par Laurent Lévy

Si « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb était ce qu’il devrait être, un film parmi tant d’autres avec pour cadre la guerre d’Algérie, on en parlerait comme d’un film parmi tant d’autres : on jugerait du jeu des acteurs, du rythme de la mise en scène, de la qualité du scénario, de la bande son… Mais ce dont on parle, c’est de son sujet.
Alors que l’industrie cinématographique américaine a produit une quantité innombrable de films et de série télévisées évoquant la guerre du Viêt-Nam, on doit en France compter sur les doigts de la main ceux qui évoquent cette guerre terrible et qui ne disait pas son nom, euphémisé en « évènements d’Algérie », quand ce n’est pas, comme dans la loi de février 2005 – dans son état actuel, après la suppression de la disposition relative aux programmes d’histoire qui avait ému l’opinion publique – « l’oeuvre de la France en Algérie ».
Si les relations de la France et de l’Algérie ont été marquées par l’envoi de blé par les Algériens pour soulager la Révolution française de la famine, la suite – de 1832 à 1962 – est chargée de violence et de rapine. L’oeuvre de la France a été une oeuvre coloniale, dans toute son horreur. C’est dans l’émigration algérienne en France que nait, dans la première moitié du XXe siècle, le combat pour l’indépendance, avec l’Etoile Nord-Africaine, qui sera partie prenante du Front Populaire avant que ce même Front Populaire ne prononce son interdiction. Et c’est en Algérie, à Sétif et à Guelma qu’en 1945, le 8 mai où l’on fêtait en France la défaite des armées hitlériennes, de grandes manifestations algériennes étaient réprimées dans le sang.
En donnant pour cadre à sa fresque la lutte des Algériens sur le sol français, en montrant en prologue comment les massacres de Sétif ont été déterminants dans la prise de conscience de nombre d’Algériens, Rachid Bouchareb fait assurément oeuvre utile. On pourrait ironiser sur le déchaînement de haine suscitée, non par le film qu’ils n’avaient pas vu, mais par son existence même, de la part de nostalgiques de l’Algérie Française, du « temps béni des colonies » immortalisé par Sardou. Mais que cette histoire demeure méconnue appelle plus d’interrogation.
Près de dix ans durant, la guerre d’Algérie a ensanglanté les deux rives de la Méditerranée. Des centaines de milliers de jeunes Français – aujourd’hui septuagénaires et plus – sont allés se battre dans cette guerre terrible, dont on leur disait qu’elle était juste, et y ont vu – et parfois commis – les pires horreurs. La répression frappait en France toute manifestation de solidarité avec les Algériens.
Le 17 octobre 1961, la police républicaine assassinait des centaines de manifestants algériens qui protestaient pacifiquement contre le couvre-feu qui leur était imposé. Il sera bien temps de discuter les qualités cinématographiques des films consacrés à cette page de notre histoire quand ils seront aussi nombreux que ceux consacrés à la Résistance.
En attendant, allons voir celui de Rachid Bouchareb, « Hors-la-Loi ».

( Par Laurent Lévy - Septembre 2010 )

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