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A Jalazoune, les Palestiniens déracinés revendiquent leur statut précaire

vendredi 13 février 2009, par Benjamin Barthe

Le mandarinier qui parfume la courette de Nasser Sabeh, dans le camp de réfugiés de Jalazoune, en Cisjordanie, est le témoin d’un autre temps. Une époque où les chemins d’une cahute à l’autre étaient sillonnés d’arbres et de jardinets. Enveloppé de végétation, bâti sur une colline du nord de Ramallah, Jalazoune était alors surnommé "le camp vert".
Cinquante ans plus tard, les cahutes sont devenues de mauvaises habitations de quatre à cinq étages et la verdure a disparu sous le gris des parpaings. Le camp de fortune qui abritait à ses débuts, en 1949, 3 000 Palestiniens chassés de Ramleh ou Lod par les troupes sionistes, s’est transformé en un dédale de ruelles d’un kilomètre carré, dans lequel s’entassent 13 000 réfugiés. Et pourtant, en dépit de cette métamorphose, aucun d’entre eux ne l’appelle autrement qu’"Al moukhayam", le camp. "Cet endroit, on n’a pas choisi d’y naître, dit Nasser Sabeh, un ancien ouvrier du bâtiment, aujourd’hui au chômage. Aussi longtemps que l’on ne pourra pas revenir sur la terre de nos parents, on ne renoncera pas à notre statut de réfugié."
Cette profession de foi est emblématique de la mentalité des Palestiniens déracinés par la création de l’Etat d’Israël. Leur état d’esprit est autant le produit d’un choix politique que de contraintes socio-économiques. S’ancrer dans un camp, c’est maintenir en vie le rêve du droit au retour, reconnu par la résolution 194 des Nations unies. "Parmi ceux qui ont l’argent pour vivre ailleurs, certains partent mais beaucoup choisissent aussi de rester dans le camp car ils redoutent, à tort, de perdre leur carte de réfugiés", explique Khalil Al-Sous, le directeur local de l’UNRWA, l’agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens.
La réhabilitation du camp de Jénine, dévasté en 2002 par l’armée israélienne, avait donné lieu à des psychodrames symptomatiques de cet attachement. Beaucoup de réfugiés s’étaient émus du fait que leurs maisons, reconstruites avec l’argent du cheikh Zayed des Emirats arabes unis, soient devenues "trop belles". Ils craignaient, là aussi à tort, qu’on leur retire le droit au retour.
La crispation est d’autant plus forte que les réfugiés, toujours à vif sur le sujet, estiment que les bailleurs internationaux poussent l’UNRWA à se désengager. "L’éventail des services offerts par l’agence se réduit, assure Youssef Barakeh, le chef du Comité populaire de Jalazoune, un organe sous le contrôle de l’Organisation de libération dela Palestine (OLP), qui fait de facto office de municipalité. A long terme, le plan est de transférer la responsabilité des camps à l’Autorité palestinienne."
La politique de bouclage israélienne redouble cette logique d’enfermement.
Parce qu’ils sont des foyers d’agitation, les camps de réfugiés font l’objet d’une surveillance accrue de la part de l’armée israélienne. Jalazoune a par exemple été soumis au couvre-feu le plus long de la première Intifada (décembre 1987) : 45 jours. Dès le démarrage du second soulèvement, en 2000, plus aucun permis de travail en Israël n’y a été donné et, pendant longtemps, les routes de sortie du camp ont été coupées. "Nous n’avons aucune autonomie économique, dit Youssef Barakeh. La plus grosse entreprise de Jalazoune emploie six personnes. C’est pour dire."
A intervalles réguliers, des rumeurs de réorganisation circulent. Il est question de tracer de grandes artères au milieu du camp et de reloger les réfugiés dont les maisons auront été démolies dans les localités alentours.
Ou bien de déplacer la jeune génération dans ces villages et de laisser uniquement la vieille dans le camp. A chaque fois, le Comité populaire, qui craint d’être manipulé, dit non à ces projets. Le camp doit rester ausi précaire que le statut de ses habitants. "Améliorer le camp, c’est d’accord, mais le transformer, ça jamais", dit Nasser Sabeh. On ne touche pas aux droits des réfugiés.

Benjamin Barthe - Le Monde du 14 février 2009

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