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Ban Ki-moon dans les ruines fumantes du QG de l’ONU à Gaza

mardi 20 janvier 2009, par La Rédaction

La brise répand l’odeur âcre des débris encore fumants de l’entrepôt du complexe des Nations unies à Gaza-Ville bombardé par l’armée israélienne. Dans la noirceur du décor, tranche le bleu ciel du pupitre de l’ONU où le secrétaire général, Ban Ki-moon, prend mardi la parole.
"Je ne peux pas décrire ce que je ressens après avoir vu ce site", lance-t-il aux journalistes, difficilement tenus à distance par le service de sécurité.
Derrière lui, un vaste hangar au toit effondré, sous lequel des réserves de riz et de lentilles continuent lentement de se consumer, cinq jours après le bombardement du quartier général de l’Agence de l’ONU d’aide aux réfugiés (UNRWA) dans le territoire palestinien.
L’attaque a fait trois blessés parmi le personnel de l’agence.
Des milliers de boîtes de conserves noircies par les flammes forment un tas informe sur plusieurs dizaines de mètres de long, autant de repas qui ne seront pas distribués à une population palestinienne durement éprouvée par 22 jours d’offensive israélienne.
Dans un garage proche, la pénombre est brisée de part en part par des filets de lumière verticaux qui tombent de petits trous circulaires dans les tôles de la couverture, là où les obus sont passés. Des carcasses de voitures jonchent une cour.
A une vingtaine de mètres, une station-service de l’UNRWA a été miraculeusement épargnée.
Le directeur de l’agence à Gaza, John Ging, avait accusé l’Etat hébreu d’avoir tiré des bombes au phosphore sur le bâtiment, plateforme des opérations humanitaires de l’ONU dans le territoire.
Ici et là, de petits blocs noirs témoignent de l’utilisation de ces bombes dont le contenu a la particularité de s’enflammer au contact de l’oxygène.
Wahid, un employé palestinien de l’UNRWA, écrase prudemment du pied un de ces amas : la combustion est immédiate, dégageant une fumée toxique que seul le sable semble pouvoir étouffer.
Un autre projectile, lui, a transpercé le macadam pour terminer sa course dans un réservoir d’eaux usées.
"Tragique", "scandaleux", "totalement inacceptable", "frustration extrême". Ban Ki-moon multiplie les qualificatifs, parle d’enquêtes et de responsabilités à trouver. Peu avant, il avait même avancé la possibilité de poursuites judiciaires.
"Comment l’ONU peut-elle prétendre protéger les Palestiniens de Gaza si elle n’arrive même pas à se protéger contre Israël", interroge en criant un journaliste palestinien. Brièvement, Ban Ki-moon riposte en mettant en avant les "succès" de l’ONU partout dans le monde.
Mais déjà, la conférence de presse est terminée, après deux questions seulement.
Le service d’ordre emmène prestement l’ex-chef de la diplomatie sud-coréenne dans un 4X4. Photographes et caméramen se battent pour faire des images de l’homme qui vient appeler les habitants de la région à la paix.
Le convoi blanc de l’ONU part en trombe, en direction de la frontière israélienne.
La première visite de Ban Ki-moon à Gaza aura duré moins de quatre heures, sans croiser un seul responsable du Hamas, le mouvement palestinien qui contrôle le territoire, considéré comme une organisation terroriste en Occident.
Dans le ciel, tournent toujours des drones de surveillance israéliens.

Barack Obama nommera George Mitchell émissaire au Proche-Orient

L’ancien sénateur George Mitchell, dont la médiation en Irlande du Nord a conduit aux accords du Vendredi-Saint en 1998, a été choisi par Barack Obama comme émissaire américain au Proche-Orient, croit savoir le Washington Post.
Citant des collaborateurs non précisés du nouveau président américain, le journal ajoute que la nomination de cet ancien chef de la majorité démocrate au Sénat interviendra peut-être dès ce mardi.
Au plus fort de l’offensive israélienne à Gaza, la semaine dernière, ce dernier avait promis de s’atteler au problème du Proche-Orient dès sa prise de fonctions, à la mi-journée. Agé de 75 ans, Mitchell avait présidé une commission chargée par le président Bill Clinton de définir les moyens de mettre un terme aux violences entre Israéliens et Palestiniens.
Dans son rapport, publié en 2001, il avait suggéré que cessent la colonisation juive, que Tsahal n’ouvre pas le feu sur des manifestants arabes désarmés et que l’Autorité palestinienne prévienne ou punisse les attentats anti-israéliens.
Obama s’est refusé à commenter en détail la crise de Gaza jusqu’au départ de la Maison blanche de George Bush, arguant qu’il ne pouvait pas y avoir deux présidents à la fois. Il pourrait décider de conserver cette prudence maintenant que les efforts combinés de l’Égypte et de l’Europe ont conduit à un cessez-le-feu et au retrait de l’armée israélienne de Gaza, après 22 jours d’offensive contre le Hamas.
Originaire du Maine, Mitchell est le quatrième fils d’un concierge d’origine irlandaise marié à une immigrante libanaise. Selon James Zogby, président de l’Institut américano-arabe, son choix traduit le sérieux et la détermination avec lesquels Obama entend s’attaquer au problème du Proche-Orient.

La France semble faire un pas vers le Hamas

La France a semblé faire un pas vers le Hamas, qualifié mardi d’"interlocuteur" possible par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, au moment où ce mouvement est appelé par le président Mahmoud Abbas à participer à un gouvernement palestinien d’entente nationale.
Plaidant pour une levée du blocus de Gaza sans laquelle "tout recommencera", M. Kouchner a affirmé devant l’Assemblée nationale que le Hamas, qui figure sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne et des Etats-Unis, était un des "interlocuteurs" du conflit israélo-palestinien.
"C’est notre avis et nous avons pensé aussi - nous l’avons découvert il y a longtemps - que le Hamas était un des interlocuteurs. Nous pensons qu’il faudra parler avec eux quand ils accepteront le processus de paix, lorsqu’ils accepteront de s’inscrire dans la négociation", a-t-il expliqué.
Trois jours après la fin de la meutrière offensive israélienne à Gaza, la France donne ainsi un signe d’infléchissement de sa position vis-à-vis du mouvement islamiste qui contrôle ce territoire depuis juin 2007.
Selon le ministre, Français et Européens ont eu des contacts avec le Hamas par l’intermédiaire de l’Egypte qui a élaboré à l’automne un plan de réconciliation entre les partis palestiniens et dont le plan de paix vient de contribuer à la fin des hostilités à Gaza. En mai dernier, Bernard Kouchner avait déjà admis des contacts indirects avec le mouvement islamiste.
"Si demain il y a un gouvernement d’union nationale, on ne va pas sortir de la pièce parce qu’il y a des ministres du Hamas ; il y a bien des ministres du Hezbollah dans le gouvernement libanais", a-t-on également indiqué à l’Elysée.
Avant M. Kouchner, le porte-parole de son ministère Eric Chevallier a déclaré mardi que la France était prête à discuter avec un gouvernement palestinien qui intègrerait des membres du Hamas dès lors qu’il s’engagerait en faveur de la paix avec Israël.
Interrogé pour savoir si Paris réclamait toujours, en préalable à tout contact avec le Hamas, la renonciation à la violence, la reconnaissance d’Israël et la reconnaissance des accords passés entre l’Etat hébreu et les Palestiniens, M. Chevallier a mis en exergue le fait "qu’il y a un élément absolument majeur : c’est la renonciation à la violence".
Le porte-parole a laissé entendre que la France privilégiait cet aspect alors qu’Européens et Américains se sont engagés à maintenir l’isolement du Hamas tant qu’il ne reconnaîtrait pas l’Etat d’Israël.
La formation d’un gouvernement "d’union nationale" palestinien apparaît donc comme le cadre le plus propice pour une intégration du mouvement radical dans un processus politique plus large. "Cest le début de toute chose", a souligné M. Kouchner.
L’Union Européenne et les Etats-unis avaient boycotté diplomatiquement et financièrement le gouvernement palestinien lorsqu’il était dirigé par Ismaïl Haniyeh, Premier ministre issu du Hamas, après sa victoire aux élections législatives en janvier 2006.
Mahmoud Abbas, dont le mandat officiel a pris fin le 9 janvier, a proposé lundi au mouvement Hamas la formation d’un gouvernement "d’entente nationale" qui organiserait des élections législatives et présidentielles simultanées. Le mouvement palestinien est aujourd’hui divisé entre le Fatah de Mahmoud Abbas et son gouvernement, qui administrent la Cisjordanie, et le Hamas, seul maître à Gaza.

( Mardi, 20 janvier 2009 - Avec les agences de presse )

Pétition
Non au terrorisme de l’Etat d’Israël
 

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